Le choix du cœur : quand l’émotion guide l’entrepreneuriat
Pour César Toulemonde, tout a commencé dans le flou. À la sortie de ses études parisiennes, il ne savait pas vraiment ce qu’il voulait faire.
Pas de vocation affirmée, pas de plan de carrière tracé. “J’étais un peu dans le flou“, confie-t-il avec franchise. Le salariat ne l’attirait pas : “Je ne m’y sentais pas libre.”
C’est alors qu’il fait un choix qui pourrait sembler paradoxal : se lancer dans l’entrepreneuriat… par défaut. Mais attention, César précise avec humour que ce choix “par défaut” était en réalité profondément guidé par ses émotions.
“Ce n’était pas un choix de raison, c’était un choix du cœur.”
Cette notion de “choix du cœur” traverse tout son parcours. Pour César, elle se matérialise par un principe simple mais radical : ne travailler qu’avec des personnes avec qui il se sent bien, avec qui il pourrait “partir en week-end“. Une philosophie qui peut sembler naïve dans le monde impitoyable des affaires, mais qui s’avère être sa boussole la plus fiable.
Des débuts modestes : la camionnette et les patates dans le coffre
L’histoire du Comptoir Volant commence dans une camionnette. César et son associé Greg, déjà ami avant d’être partenaire en affaires, se lancent dans la restauration rapide avec des moyens dérisoires.
Les débuts sont rudes : aller chercher les patates dans les Flandres avec la voiture pleine à craquer, se positionner sur les parkings d’entreprises, travailler dans le froid, ne pas se payer pendant des mois.
“On faisait même pas 100 000 € de chiffre d’affaires“, se souvient César. Mais il garde un souvenir ému de cette époque pionnière : “À chaque étape franchie, on était hyper fier. C’était vraiment notre école dans l’entrepreneuriat.”
Ces années de galère ont construit les fondations de ce qu’ils sont devenus. La fameuse “camionnette” roule toujours aujourd’hui, symbole de leurs humbles débuts et rappel constant de leur parcours. De moins de 100 000 € de chiffre d’affaires, ils sont passés à près de 400 000 burgers servis par an, avec 50 collaborateurs et 4 adresses dans la métropole.
Entreprendre malgré les doutes : la force de la vulnérabilité
Ce qui frappe dans le témoignage de César, c’est son honnêteté sur ses doutes et sa confiance en soi fragile au moment du lancement.
Comment se lance-t-on quand on n’a pas confiance en soi ? César répond avec une métaphore éclairante : “Il fallait bien monter sur un cheval.”
L’entrepreneuriat était le seul cheval qui ne dépendait que de lui, qui ne nécessitait l’accord de personne d’autre que lui-même.
Pour se rassurer, il s’est entouré de “bouées de sauvetage“ : l’univers de la food qu’il aimait depuis l’enfance et surtout Greg, son associé et ami. “Sans Greg, je n’aurais jamais pu. Je n’aurais jamais osé sauter dans le vide s’il ne m’avait pas dit : je le fais avec toi.”
La liberté a un prix : risques, peurs et nuits courtes
Pour César, la liberté est son indispensable. Mais il est lucide : “Elle a un prix. Elle coûte parfois cher.” Ce prix, c’est celui du risque assumé, du stress, des nuits courtes et parfois des erreurs.
Paradoxalement, cette vision de la liberté est en tension avec une réalité bien connue des entrepreneurs : 80% se lancent pour être libres, mais 80% disent avoir perdu leur liberté quelques années plus tard.
Comment César gère-t-il cette équation ?
Sa réponse est claire : “Pour rester libre, il faut continuer à prendre des risques.” Lorsqu’on réussit, on installe naturellement du confort autour de soi, on fonde une famille et cela diminue la capacité à prendre des risques. “Il faut savoir préserver cette capacité à avoir besoin de peu de choses, à être capable de toujours vivre d’amour et d’eau fraîche pour rester en capacité de prendre des risques.”
Greg et César : l’histoire d’une association qui fonctionne
Au cœur de la réussite du Comptoir Volant, il y a l’histoire de deux amis devenus associés. Une équation risquée que César et Greg ont su faire fonctionner depuis 12 ans.
Leur secret ? D’abord, avoir grandi ensemble, tant professionnellement que personnellement.
“Nos phases de vie perso étaient motivées à peu près par les mêmes envies, les mêmes rêves, les mêmes objectifs“, explique César. Ils ont démarré sans femmes, sans enfants et ont construit leurs familles en parallèle.
Ensuite, deux piliers indéfectibles : le respect et la confiance.
“Avoir un très grand niveau de confiance permet d’avancer sereinement. Avoir peur de son propre associé ou s’en méfier au quotidien fait qu’une association est pratiquement morte“, analyse César.
Mais attention, cette confiance “s’entretient, il faut en prendre soin. C’est un peu un trésor.”
Enfin, la complémentarité : “On n’a pas les mêmes forces et on n’a pas les mêmes faiblesses non plus.” César est catégorique : il n’aurait jamais pu créer sans Greg. “Impossible. On s’est portés mutuellement.“
Pour préserver leur relation, ils ont notamment remis le sport au cœur de leur vie ces dernières années, un nouveau hobby partagé qui leur fait du bien, même s’ils ne passent pas leurs heures de sport à parler de la boîte !
Comment rester patron d’une boîte quand on sort de sa cible ?
À 40 ans, César exprime une peur particulièrement intéressante : “Je suis en train de sortir de ma propre cible.” Les clients du Comptoir Volant ont majoritairement entre 15 et 45 ans. Lui-même est désormais à la limite haute.
“Comment moi, dirigeant de 40 ans, rester patron d’une boîte que j’aime d’amour mais qui me ressemble probablement de moins en moins, avec des gens qui travaillent qui auront de moins en moins mon âge, dans un environnement de business où le client type aura aussi moins mon âge ?”
Il y a aussi la question de la santé : comment continuer à vendre des burgers tout en faisant beaucoup de sport et en vieillissant ?
“Aujourd’hui, pour bien vieillir, ce n’est pas forcément la meilleure idée du monde que d’en manger tous les jours.”
C’est une peur à affronter : comment se remettre suffisamment en question pour rester à l’écoute de son marché ? Comment trouver les bonnes personnes pour faire passer les bons messages et comprendre comment le marché évolue ?
Cette lucidité et cette capacité à identifier ses zones d’inconfort sont probablement l’une des clés de la longévité entrepreneuriale de César.
Le doute, c’est la vie (mais pas n’importe quel doute)
“Le doute, c’est la vie“, affirme César. Mais attention, pas le “doute négatif”, pas “le doute sinistre” qui fait ployer. Non, ce qu’il prône, c’est un “doute vertueux, un doute de curiosité“.
Il utilise une belle métaphore : celle du saut au bord de la falaise. On a peur de sauter, mais on sait aussi que les sensations seront extraordinaires.
“Ce moment où je sais que ce que je vais y trouver va être chouette, je vais avoir des super sensations fortes. C’est ce doute-là.”
Accepter l’incertitude, rester en questionnement permanent, c’est pour César l’ADN même de l’entrepreneur.
“La flamme de l’entrepreneuriat ne brûle que par cette capacité à prendre des risques.”
Il met aussi en garde contre le piège du confort : “Il y a eu un moment où on s’est dit qu’on avait coché certaines cases et que peut-être on n’était plus trop obligés de souffrir. Ce n’est pas un très bon sentiment. Il ne faut pas que ça dure très longtemps, le confort.”
Les enjeux du Comptoir Volant : grandir sans se perdre
Aujourd’hui, le Comptoir Volant, c’est 50 collaborateurs, près de 400 000 burgers servis par an, 4 adresses dans la métropole lilloise et une identité forte : “le petit prince local du burger bien fait, dédié aux gens qui cherchent à se faire du bien.”
Les enjeux pour les années à venir ?
“Continuer à grandir en gardant notre ADN très tourné autour de nos clients, de nos produits et surtout de nos collaborateurs.”
Le Comptoir Volant est réputé pour son management particulier dans le secteur de la restauration. Le défi : faire perdurer cet ADN en passant de 50 à 100 personnes.
Et pour César personnellement ?
“Continuer à rester le bon dirigeant pour cette entreprise.” Une humilité qui tranche avec les ego surdimensionnés qu’on rencontre parfois dans l’entrepreneuriat.
Quand on lui demande de quoi il est le plus fier, César hésite. La fierté n’est pas un sentiment naturel chez lui. Mais il finit par confier trois choses essentielles :
- Avoir trouvé sa place : “Je suis heureux d’avoir fait faire du chemin à ce petit bonhomme que je pouvais être enfant ou adolescent, qui se posait beaucoup de questions, ne trouvait pas les réponses. Je suis fier d’avoir emmené ce petit bonhomme qui n’était pas forcément promis à un avenir très sûr vers une vie aujourd’hui plutôt heureuse.“.
- Avoir construit avec Greg : “Je suis super fier d’avoir construit une jolie petite boîte et de jolies familles.“.
- Être entrepreneur et parent : “Être entrepreneur et parents dans la restauration avec beaucoup de collaborateurs, c’est pour nous quelque chose qui nous rend heureux.“.
Retrouvez l’intégralité de cet échange inspirant dans le podcast Interview Première Fois.
Un témoignage authentique et sans filtre qui rappelle que derrière chaque réussite entrepreneuriale se cache un parcours fait d’humanité, de doutes et surtout de choix du cœur !