Une vocation qui ne se discute pas
Charles n’a pas attendu la fin de ses études pour savoir qu’il serait entrepreneur. À douze, treize ans déjà, l’envie de monter des projets, de prendre des initiatives, d’entraîner les autres était là. Son père, dirigeant d’une usine de cent cinquante personnes, lui a offert très tôt une fenêtre sur ce que signifie diriger : les responsabilités, les décisions, les nuits à résoudre des problèmes.
Il fera SKEMA, une école qui lui donne les outils et l’ouverture d’esprit. Mais l’entrepreneuriat, chez lui, ne naît pas d’une formation. Il était déjà là, bien avant.
La liberté avant tout : mais pas à n’importe quel prix
Ce qui anime Charles depuis le début, c’est la liberté. Pas celle de ne rien faire : celle de décider. De choisir son cap, son équipe, ses projets.
Un stage en Australie dans une petite structure lui révèle ce qu’il ne supporterait pas : être bridé, dépendre d’une décision qui n’est pas la sienne.
Mais Charles est lucide. La liberté entrepreneuriale a un revers. On est libre de ses choix et prisonnier de ses responsabilités. À 20 heures, quand il y a un problème, on reste. C’est le deal. Et il l’assume entièrement.
Adictiz : treize ans d’apprentissage
À 22 ans, Charles lance Adictiz avec moins de 20 euros sur son compte. Une boîte qui aide les marques à performer par le jeu et qui donnera naissance à Paf le Chien, succès populaire qui réunira jusqu’à trente-cinq millions de joueurs en France et dans le monde.
13 ans de construction, d’ups and downs, de décisions difficiles. Des moments où il a fallu se séparer de dizaines de personnes pour sauver la boîte. Des moments de fierté immense aussi. Adictiz sera vendue à Webedia en 2018.
Vendre ce qu’on a construit : les émotions qu’on n’attendait pas
La décision de vendre n’est pas anodine. Charles avait trois raisons :
- Le sentiment d’avoir fait le tour du sujet après dix ans.
- Une proposition financière intéressante.
- Quelque chose qui grandissait en lui depuis la naissance de sa fille : l’envie de faire quelque chose qui a du sens.
Mais le jour où il annonce son départ à ses équipes, les larmes tombent dès le premier mot. Dix ans de vie commune, de défis partagés, de gens qui lui faisaient confiance. Ces émotions-là, on ne les anticipe pas vraiment.
Avoir un actionnaire pour la première fois… Et le syndrome de l’imposteur
Pendant 3 ans, Charles accompagne Webedia après la vente. Pour la première fois de sa vie d’entrepreneur, il n’a plus totalement les clés. Des frustrations apparaissent : des synergies qui ne se font pas, des règles du jeu mal définies. Et avec elles, un sentiment inattendu : le syndrome de l’imposteur.
Est-il encore vraiment entrepreneur ? A-t-il bien fait les choses ? Ces questions, il les a traversées. Et elles l’ont rendu plus fort pour la suite.
Le Fourgon : une idée née d’une poubelle qui déborde
L’histoire du Fourgon commence par une conversation entre amis, autour d’une bière. Maxime, ami d’enfance de Charles, lui parle d’une livraison de boissons consignées mal ficelée, avec un camion diesel et des produits décevants. Charles, lui, en peut plus de subir sa poubelle qui déborde de plastique chaque semaine.
L’idée prend forme : remettre la tournée du laitier au goût du jour. Livrer des boissons et produits du quotidien en emballages consignés, directement à domicile et repartir avec les bouteilles et bocaux vides pour les laver et les réutiliser. Simple. Concret. Efficace.
Stéphane, Maxime et Charles : une association réfléchie
Pour mener ce projet à bien, Charles sait qu’il a besoin des bonnes personnes. Stéphane, ancien CTO d’Adictiz, est le premier appelé. Maxime, l’ami d’enfance à l’origine de l’idée, complète le trio. Avant de se lancer, les trois cofondateurs prennent le temps de se parler vraiment : deux jours d’introspection pour aligner leurs valeurs, leurs ambitions, leur façon de travailler ensemble. Une association, ça se construit avant de se lancer.
Lever des fonds et bâtir à grande échelle dès le premier jour
Le Fourgon n’est pas un projet qu’on peut démarrer en mode frugal. Infrastructure, véhicules, entrepôts, livreurs internalisés : ça demande des moyens dès le départ. Grâce au réseau et à la crédibilité construits avec Adictiz, Charles lève huit cent mille euros rapidement. Et pose d’emblée une ambition claire : si on ne vise pas grand tout de suite, on est un mort-né.
L’impact comme raison d’être
Ce qui distingue Charles des entrepreneurs qui “font de la RSE“, c’est que son engagement n’est pas venu après. Il était la raison de recommencer. La naissance de sa fille Philippine en 2015 avait planté la graine : ce questionnement sur ce qu’on veut laisser, sur ce qui vaut vraiment la peine.
Et sa conviction est simple, sans militantisme excessif : chacun peut agir à sa mesure. Lui a choisi d’en faire son métier. Pas pour donner des leçons. Mais pour ne pas avoir à dire un jour à ses enfants : “je savais, et je n’ai rien fait.”
56 millions d’emballages collectés et ce n’est qu’un début
Cinq ans après sa création, Le Fourgon compte plus de 450 collaborateurs, 18 entrepôts en France, une présence en Belgique, une acquisition en Espagne. Près de 56 millions d’emballages ont été collectés depuis le début, soit plus de deux millions par mois aujourd’hui.
L’ambition pour les cinq prochaines années : être présent dans cinq ou six pays européens, atteindre deux à trois cents millions d’emballages sauvés par an, et permettre à ses clients de faire 100% de leurs courses en consigné. Un horizon concret, pour une conviction qui ne faiblit pas.
Ce qu’on retient de cet épisode
L’histoire de Charles Christory, c’est celle d’un entrepreneur qui n’a jamais fait les choses par défaut. Ni sa première boîte, ni sa vente, ni sa reconversion. À chaque étape, il a choisi en conscience, avec ses valeurs, en acceptant ce que chaque choix coûte vraiment.
Chez RH Performances, cette trajectoire résonne profondément. Parce que nous croyons nous aussi qu’on peut construire des projets ambitieux sans sacrifier le sens. Que la performance et l’engagement ne s’opposent pas. Et que les meilleurs entrepreneurs sont souvent ceux qui savent pourquoi ils se lèvent le matin.
C’est exactement pour ça qu’on voulait lui donner la parole !