[ L'Interview Première Fois n°16 ] Repartir de 0 pour bâtir une entreprise qui a du sens : la voie du co-fondateur du Fourgon
Ce qu’on veut laisser derrière soi : le choix de Charles Christory
À 33 ans, Charles Christory avait tout ce qu’un entrepreneur peut espérer construire en une décennie. Une boîte solide, une équipe soudée, une vente bien négociée. Il aurait pu souffler.
Il a choisi de se poser une question. Celle que la naissance de sa fille Philippine avait fait remonter doucement : à quoi ça sert, tout ça ? Qu’est-ce qu’on a vraiment envie de laisser ?
Adictiz, c’était 13 ans de sa vie. Paf le Chien et ses trente-cinq millions de joueurs. Des dizaines de collaborateurs avec qui il avait tout partagé : les galères, les succès, les pivots douloureux. Le jour où il a annoncé son départ, les larmes sont tombées dès le premier mot. Ces émotions-là, on ne les anticipe pas vraiment quand on monte une boîte à vingt-deux ans avec moins de vingt euros sur son compte.
Mais quelque chose grandissait en lui depuis un moment. Un radar au plastique, comme il dit lui-même. Cette poubelle qui débordait chaque semaine, ces emballages inutiles, ce sentiment de subir sans pouvoir agir.
Et puis une conversation autour d’une bière avec Maxime, un ami d’enfance, qui lui parle d’une livraison de boissons consignées mal ficelée, décevante, anachronique. Les deux se regardent. L’idée est là.
Remettre la tournée du laitier. Livrer des produits du quotidien en emballages consignés, repartir avec les bouteilles vides pour les laver et les réutiliser. Rien de révolutionnaire : c’est même ce que faisaient nos grands-parents. Mais appliqué à aujourd’hui, à grande échelle, avec la technologie et le réseau qu’une première vie entrepreneuriale réussie permet de mobiliser.
Stéphane, ancien CTO d’Adictiz, rejoint l’aventure. Les trois cofondateurs prennent deux jours pour se parler vraiment avant de se lancer : aligner leurs valeurs, leurs attentes, leur façon de traverser les moments difficiles. Parce qu’une association, ça se construit avant de se lancer, pas après.
Ce qui frappe dans le récit de Charles, c’est l’absence de naïveté. Il sait que le projet nécessite des moyens importants dès le départ : infrastructure, entrepôts, livreurs internalisés. Il lève huit cent mille euros rapidement, fort d’un réseau et d’une crédibilité construits sur 13 ans. Et il pose d’emblée le cadre : si on n’a pas l’ambition de faire grand tout de suite, on est un mort-né.
5 ans plus tard, Le Fourgon compte plus de 450 collaborateurs, 18 entrepôts, une présence en Belgique, une acquisition en Espagne. Près de 56 millions d’emballages collectés. 2 millions par mois aujourd’hui. Des chiffres qui donnent le vertige : mais qui ne sont pour Charles qu’un début.
Ce qui le motive, ce n’est pas la croissance pour la croissance. C’est cette conviction simple, qu’il exprime sans militantisme et sans donner de leçons : si lui, entrepreneur, n’essaie pas de résoudre ce problème, qui le fera ? Et surtout, il ne veut pas se retrouver dans dix ans face à ses enfants à devoir expliquer qu’il savait, et qu’il n’a rien fait.
C’est peut-être ça, finalement, le vrai moteur des entrepreneurs qui durent. Pas la peur de rater. Pas l’appât du gain. Juste l’envie de pouvoir se regarder dans la glace et de laisser quelque chose qui vaut la peine d’avoir été construit.
Qui est Charles Christory ?
Charles Christory est co-fondateur du Fourgon, l’entreprise qui a remis la consigne au cœur du quotidien de centaines de milliers de Français. Entrepreneur dans l’âme depuis l’adolescence, il a d’abord passé 13 ans à bâtir Adictiz, la boîte derrière Paf le Chien, avant de vendre et de tout recommencer pour une raison simple : avoir du sens. Charles a la conviction qu’on peut faire du business sérieux en résolvant de vrais problèmes. Et que si les entrepreneurs ne s’en chargent pas, qui le fera ? Cycliste du quotidien, père de trois enfants et entrepreneur à impact, Charles est de ceux qui agissent plutôt qu’ils ne parlent. 56 millions d’emballages collectés en 5 ans : c’est sa façon de faire sa part.





