[ L’interview Première Fois n°13 ] Risquer sa maison pour bâtir son magasin : le parcours audacieux de Guillaume Dumarché
Il a vendu sa maison pour construire son rêve : l’histoire de Guillaume Dumarché
À 50 ans, Guillaume Dumarché a pris une décision que peu oseraient : vendre sa maison familiale pour financer son projet entrepreneurial.
Non pas parce qu’il était dos au mur, mais parce qu‘il refusait de vivre dans l’angoisse financière pendant la construction de son entreprise. Cette décision révèle quelque chose de fondamental sur ce qui différencie ceux qui rêvent de ceux qui réalisent.
Pendant 27 ans, Guillaume a occupé des postes de direction dans la grande distribution. Directeur des achats chez Système U, responsable chez Kingfisher, directeur général chez InVivo. Une carrière brillante qui aurait suffi à beaucoup.
Mais depuis son contrat de mariage, tout était prévu : il deviendrait entrepreneur. Chaque poste était une préparation, une formation. À 31 ans, il intègre un comité de direction et apprend à décider sous pression, à gérer des budgets conséquents, à piloter des équipes. Le salariat n’était pas un obstacle à son rêve. C’était son école de préparation.
Quand l’opportunité se présente enfin en 2022, le contexte vire au cauchemar. L’inflation explose de 50 à 100% sur les matériaux. Son projet de magasin contient 60% de métal. Le budget initial pourrait doubler. C’est là que Guillaume et sa famille prennent cette décision radicale : libérer des fonds en vendant leur résidence.
“Le patrimoine professionnel, à ce moment-là de notre vie, était plus important. On savait que si le truc marchait, ça marcherait.“
L’argent ne servira finalement jamais. Mais cette sécurité psychologique lui permet de se concentrer sur l’essentiel : construire son entreprise, recruter son équipe, développer son commerce. Sans cette tranquillité d’esprit, il aurait passé deux ans à angoisser sur sa trésorerie au lieu de bâtir.
Le 9 mars 2023, son Super U de La Madeleine ouvre ses portes.
Résultat : deux fois plus de clients que prévu, un panier moyen au-dessus des projections, une première année bénéficiaire alors que ce n’était pas du tout anticipé. Guillaume réinvestit immédiatement 100% du résultat dans l’amélioration du magasin.
Aujourd’hui, il emploie plus de 125 personnes et construit quelque chose qu’il pourra transmettre à ses enfants.
Quand on lui demande s’il a eu peur pendant ces mois d’incertitude, Guillaume ne ment pas : “On ne dort pas si bien que ça. Je me suis souvent dit : mais est-ce que tu ne fais pas une connerie ? Mais la peur, pour moi, ça me stimule.” Il admet avoir “morfler physiquement“, mais il a continué à prendre soin de lui, à courir chaque semaine, à s’entourer de ses proches.
Car l’entrepreneuriat n’est pas un sprint où l’on court jusqu’à l’épuisement. C’est une course longue distance où la gestion de l’énergie devient stratégique.
Son conseil tient en quelques mots : “Croyez en ce que vous faites. Croyez en vous. On a un contexte hyper compliqué. Si on vivait qu’en écoutant les médias, on aurait tout intérêt à tout arrêter demain. Mais l’entrepreneuriat, c’est chouette. C’est beau.“
Si c’était à refaire ? “Oui, sans hésiter.“
Le risque intelligent n’est pas de l’inconscience.
C’est anticiper les fragilités pour mieux les neutraliser. C’est impliquer sa famille dans les décisions qui engagent tout le monde. C’est accepter la peur et l’utiliser comme carburant. Et parfois, c’est vendre sa maison pour se donner les moyens de ses ambitions.
Guillaume l’a fait. Et aujourd’hui, il dit simplement : “Je suis très heureux. Je suis accompli dans ce que je fais.“
Qui est Guillaume Dumarché ?
Guillaume Dumarché a 53 ans et vient d’ouvrir son Super U à La Madeleine, près de Lille. Avant de devenir entrepreneur, il a passé 27 ans comme cadre dirigeant dans la grande distribution et l’industrie, occupant des postes de direction chez Système U (directeur des achats, responsable marketing), Kingfisher (en charge de la partie centrale de Castorama) et InVivo (directeur général). Dès son contrat de mariage, il avait prévu de devenir un jour entrepreneur, faisant de chaque poste de salarié une préparation pour ce projet. Aujourd’hui, il emploie plus de 125 personnes dans son magasin de 2 705 m² et réalise des performances qui dépassent toutes ses prévisions initiales !





