Stress au travail : comprendre son alarme intérieure pour mieux la gérer

Encore un soir à refaire la réunion dans sa tête. Encore une nuit coupée en trois, à fixer le plafond à 3h12. Encore cette boule au ventre quand approche son tour de parole en CODIR. Encore ce matin où une seule question tourne en boucle : « Comment je vais tenir aujourd’hui ? »

Si ce scénario vous parle, rassurez-vous : votre corps fonctionne parfaitement. Il fait exactement ce pour quoi il est programmé depuis des millénaires.

Le stress au travail touche tout le monde : le salarié qui enchaîne les urgences, le manager pris en étau, le dirigeant qui porte seul ses décisions. Et quand la source est au bureau, prendre du recul devient un vrai défi.

Alors, comment faire ? On commence par comprendre ce qui se passe à l’intérieur. Parce qu’on gère beaucoup mieux ce que l’on comprend. C’est parti !

Stress au travail : comprendre son alarme intérieure pour mieux la gérer

Le stress au travail, c’est quoi exactement ?

Le mot « stress » vient de la physique, où il désigne une contrainte exercée sur un matériau. C’est l’endocrinologue Hans Selye qui l’applique au vivant. Il décrit dès 1936 le « syndrome général d’adaptation », puis popularise le concept en 1956 avec son livre The Stress of Life.

Son idée centrale : le stress est une réponse tout à fait normale de l’organisme face à une agression ou un changement. Et cette réponse concerne tous les êtres vivants. Le corail, par exemple, blanchit quand la température ou l’oxygénation de l’eau change : c’est sa réaction de stress.

Chez l’humain, c’est pareil. Un chien fonce sur vous en grognant ? Une voiture manque de vous renverser ? En une fraction de seconde, le cœur accélère, les muscles se tendent, l’attention se resserre. Ce réflexe nous a permis de survivre. Impossible de le supprimer, et c’est une excellente nouvelle : il nous protège.

Ce système d’alerte est piloté par une partie très ancienne de notre cerveau. Certaines approches en neurosciences comportementales l’appellent le mode mental automatique : rapide, efficace, fait pour réagir à l’instinct face à une menace.

Le hic ?

Quand l’émotion monte trop fort, ce mode automatique prend toute la place. Le cortex préfrontal, siège de la réflexion, de la nuance et de la prise de recul, se retrouve comme déconnecté. Résultat : on réagit au lieu de réfléchir. On répond trop vite à ce mail. On se fige face à une question en réunion. On perd ses moyens alors que l’on maîtrise parfaitement son sujet.

C’est tout à fait logique : notre cerveau privilégie la vitesse quand il pense que notre survie est en jeu.

La bonne nouvelle : une fois la situation stressante terminée, le stress redescend. L’oral est passé, la présentation est bouclée, le corps se relâche. Dès que l’on perçoit que la menace ne pèse plus, l’organisme revient à son état normal. C’est le stress aigu, ponctuel et utile.

La mauvaise nouvelle : quand la situation s’installe dans la durée, sans phase de récupération, le stress devient chronique.

L’INRS le rappelle : le stress chronique a toujours des effets néfastes sur la santé. Et il devient particulièrement nocif quand on ne parvient plus à trouver de réponse face aux exigences du quotidien.

L’INRS définit d’ailleurs le stress au travail comme un déséquilibre ressenti entre ce qu’on demande à une personne dans son cadre professionnel et les ressources dont elle dispose pour y répondre. Le mot clé ici : ressenti. Nous y reviendrons.

En situation de stress, le corps libère du cortisol. Cette hormone est produite par les glandes surrénales, situées au-dessus des reins. Et elle est indispensable ! Elle intervient dans :

  • Le métabolisme des glucides, des graisses et des protéines.
  • La régulation de la pression artérielle.
  • Le contrôle du taux de glucose dans le sang.
  • La régulation du système immunitaire.

Le problème arrive avec l’excès. Quand le stress dure sans pause, le cortisol reste élevé et finit par dérégler l’organisme. Troubles du sommeil, hypertension, risque cardiovasculaire en augmentation… Un excès chronique de cortisol affaiblit aussi le système immunitaire et peut favoriser certaines maladies comme l’ostéoporose.

Parmi les symptômes les plus souvent associés à un excès de cortisol :

  • Hpertension artérielle.
  • Fatigue persistante.
  • Maux de tête.
  • Faiblesse musculaire.
  • Baisse du désir sexuel.
  • Cicatrisation plus lente.
  • Défenses immunitaires affaiblies.
  • Prise de poids.
  • Perte de cheveux (alopécie).
  • Troubles de la concentration.

Ces signes physiques peuvent avoir d’autres causes : en cas de doute, le bon réflexe reste de consulter un médecin.

 

Pour gérer son stress, on commence par trouver son origine

Bien traiter un problème suppose d’en connaître l’origine. Bonne nouvelle : les sources de stress se rangent assez facilement en cinq familles.

stress au travail

Les sources structurelles

Une mauvaise posture, un poste de travail mal réglé, un espace inadapté à ses missions. Le corps se crispe toute la journée, et le mental suit.

Les sources environnementales

Le bruit d’un open space, une lumière trop forte ou trop faible, les sollicitations permanentes. Certaines personnes y sont bien plus sensibles que d’autres.

Les sources comportementales

Le perfectionnisme qui transforme chaque tâche en épreuve. La procrastination qui empile les urgences. Le rythme de bourreau de travail qui enchaîne les tâches sans respirer. Un sommeil insuffisant. Parfois aussi, des addictions qui s’installent en douce : au travail lui-même, aux écrans, ou à des substances pour « tenir le coup ».

Les sources émotionnelles

Une estime de soi fragile, la peur de l’échec, des blessures passées qui ressurgissent dans certaines situations professionnelles.

Les sources chimiques

Des carences nutritionnelles, des intolérances alimentaires, un excès de caféine ou d’autres substances excitantes. Le corps en manque de carburant gère moins bien la pression.

Et côté travail ?

À ces sources individuelles s’ajoutent les facteurs psychosociaux liés à l’organisation.

L’INRS cite notamment la surcharge de travail, des objectifs mal définis, des relations difficiles avec la hiérarchie ou les collègues et un manque d’autonomie. On peut y ajouter les exigences émotionnelles fortes, les conflits de valeurs et l’insécurité de l’emploi. Un travailleur en intérim, par exemple, peut vivre chaque fin de mission comme un saut dans l’inconnu, et l’intérim à répétition rend la projection difficile.

Ces facteurs concernent tous les travailleurs, quels que soient leur niveau de responsabilité et leur type d’emploi. Le harcèlement occupe une place à part : c’est l’un des risques psychosociaux les plus graves. Face à une situation de harcèlement, l’employeur doit agir sans attendre pour protéger la personne concernée.

Point important : face à un salarié stressé, la tentation existe de tout mettre sur le compte de sa « fragilité ». L’INRS invite au contraire à toujours chercher les liens avec le contexte professionnel. Le stress est rarement l’affaire d’une seule personne.

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Lutte, fuite ou inhibition : les 3 visages du stress

Face à une menace, notre cerveau choisit l’une de ces trois réponses. Chacune a sa logique, et chacune a sa version « au travail ».

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La lutte : affronter, dominer

L’énergie monte, le ton aussi. On veut reprendre le contrôle. Au travail, cela ressemble à la réponse sèche en réunion, à l’agacement face à un collègue, à l’envie de « gagner » chaque échange. Utile pour défendre un projet, épuisant quand cela devient un mode de fonctionnement.

La fuite : se cacher, éviter

On repousse le mail délicat. On décale la conversation difficile. On se réfugie dans des tâches secondaires pour contourner le sujet qui fâche. Sur le moment, ça soulage. Sur la durée, les problèmes grossissent dans l’ombre.

L’inhibition : attendre que ça passe

Le biologiste Henri Laborit a beaucoup travaillé sur cette troisième réponse.

Quand la lutte comme la fuite semblent impossibles, l’organisme se fige. Au travail, c’est le salarié qui encaisse en silence, qui attend qu’on vienne le protéger, qui se sent impuissant. C’est la forme la plus discrète, et souvent la plus nocive pour la santé, car le stress reste sans issue.

Repérer sa réponse dominante, c’est déjà reprendre un peu la main.

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[ Break RH n°5 ] Santé mentale au travail : comment s’équiper face aux RPS ?

1 collaborateur sur 2 se dit en détresse psychologique. 20% des arrêts maladie sont liés à des troubles psychiques. Les risques psychosociaux ne sont plus un sujet tabou… Mais entre les discours et les actes concrets, le fossé reste immense ! Dans ce 5ème épisode du Break RH, Clémentine Crokaert reçoit Pauline Vandendriessche, DRH, formatrice et consultante chez RH Performances, pour parler de ce que les entreprises voient et de ce qu’elles ratent encore trop souvent.

Comment gérer son stress et ses émotions ?

On ne choisit pas toujours ce qui nous arrive au travail. Par contre, on dispose d’une vraie marge de manœuvre sur deux choses : nos émotions et nos pensées. C’est là que tout se joue.

1. Agir sur ses émotions : la méthode en 4 temps

Identifier

Première étape : écouter ce qui se passe en soi et mettre un nom dessus.

Colère ? Peur ? Frustration ? Tristesse ? Souvent, plusieurs émotions se mélangent. Les nommer, c’est déjà réactiver le cortex préfrontal.

Ressentir

Ensuite, on observe l’émotion avec curiosité :

  • Qu’est-ce que je ressens ?
  • Où est-ce que je le ressens dans mon corps ?
  • Comment est-ce que je le ressens ?
  • Avec quelle intensité, sur une échelle de 1 à 10 ?

Trouver le besoin

Chaque émotion signale un besoin. La question à se poser : « De quoi est-ce que je manque ? Quel besoin est mis de côté ? » Reconnaissance, clarté, sécurité, temps, soutien…

Nourrir le besoin

Enfin, on passe aux actions concrètes. Quelle petite action puis-je mettre en place dès aujourd’hui pour répondre à ce besoin ?

Exemple : Julie, cheffe de projet, sent monter une boule au ventre à chaque point hebdo sur le dossier qu’elle pilote. Elle identifie de la peur, logée dans l’estomac, intensité 7 sur 10. Son besoin ? De la clarté sur les priorités, qui changent chaque semaine. Son action : proposer à son manager de valider ensemble trois priorités en début de semaine. La boule ne disparaît pas par magie, mais elle perd sérieusement en volume.

2. Agir sur ses pensées parasites

Ce qui déclenche le stress, c’est moins l’événement lui-même que la façon dont je le perçois. Si je vois une situation comme une menace, mon corps réagit comme face à une menace. La réalité et notre propre lecture de la réalité sont parfois très éloignées !

Parfois, la menace vient de l’extérieur. Parfois… elle vient de nous. C’est le terrain des croyances limitantes.

Qu’est-ce qu’une croyance limitante ?

C’est une pensée que l’on tient pour vraie, mais qui freine notre action. Une barrière invisible que l’on s’impose souvent sans s’en rendre compte. Au travail, elles ont des airs très familiers :

  • « Je dois répondre à toutes les urgences, tout de suite. »
  • « Le client n’acceptera jamais un report de délai. »
  • « Ce que j’ai à dire n’intéressera personne. »
  • « Demander de l’aide, c’est montrer sa faiblesse. »
  • « Je suis trop vieux pour apprendre ça. »

Dans chacun de ces cas, c’est nous qui décidons que la situation est bloquée. Et notre système nerveux nous croit sur parole.

L’exercice des 3 questions

Pour débusquer ces pensées, on repart d’une situation stressante récente et on se pose trois questions :

  1. Quels sont les faits ? Qu’est-ce qui est réellement observable, et quel est le scénario que je suis en train de me raconter ? « Mon manager n’a pas répondu à mon mail » est un fait. « Il est mécontent de mon travail » est une interprétation.
  2. Cette pensée m’aide-t-elle ? M’aide-t-elle à me sentir mieux, ou à mieux faire face à la situation ? Quels effets a-t-elle sur mes émotions ?
  3. Quelles autres pensées puis-je avoir ? On liste des alternatives réalistes, et pour chacune, on note cinq bénéfices concrets. Exemple : « Mon manager est peut-être débordé cette semaine. » Bénéfices : moins d’angoisse, une relance sereine, une meilleure nuit, un échange plus apaisé, plus d’énergie pour avancer.

Cet exercice demande un peu d’entraînement. Mais à force, le réflexe s’installe : on remet de la nuance là où le stress avait tout repeint en noir.

3. Et l’entreprise dans tout ça ?

La gestion individuelle du stress est précieuse. Elle trouve pourtant ses limites quand les causes sont organisationnelles.

Le Code du travail (article L. 4121-1) impose à l’employeur d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Concrètement, cela passe par l’évaluation des risques psychosociaux dans le document unique (DUERP) et par des actions de prévention collectives.

L’INRS insiste sur ce point : la prévention la plus efficace agit sur le travail et son organisation, donc sur les causes plutôt que sur les symptômes. Charge de travail, clarté des rôles, qualité du management, place laissée aux employés dans les décisions : autant de leviers à la main des dirigeants et des RH.

Quelques pistes à explorer :

  • former les managers à repérer les signes de stress et à ouvrir le dialogue ;
  • clarifier les priorités et la répartition des missions ;
  • associer les employés aux décisions qui les concernent ;
  • préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ;
  • proposer un accompagnement individuel aux personnes en difficulté ;
  • recréer du lien et de la cohésion, car un collectif soudé encaisse mieux la pression.

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Stress, anxiété, dépression : quelles différences ?

Ces trois mots sont souvent utilisés l’un pour l’autre. Pourtant, ils décrivent des réalités différentes.

Stress Anxiété Dépression
Déclencheur Un événement réel, présent ou imminent Un événement projeté, qui arrivera… ou pas Un état installé en profondeur
Exemple Je suis stressé pendant la présentation que je donne ce matin Je m’inquiète depuis des semaines d’une réorganisation qui n’est même pas annoncée Je manque d’énergie et d’envie depuis longtemps, même en dehors du travail
Évolution Redescend quand la situation se termine Persiste tant que le scénario redouté occupe l’esprit S’installe dans la durée et nécessite un accompagnement médical

Le stress chronique peut ouvrir la porte aux deux autres. Il peut aussi mener à l’épuisement professionnel, le fameux burn-out. L’INRS décrit le burnout comme un ensemble de réactions liées à des situations de stress professionnel chronique, qui touche surtout les métiers demandant un fort engagement personnel. Un burnout s’installe progressivement, d’où l’importance de repérer les premiers signaux. À l’autre extrême, l’ennui et le manque de sens peuvent conduire au bore-out, tout aussi destructeur.

Le stress chronique peut également favoriser des conduites addictives : alcool, médicaments, autres substances, ou hyperconnexion. Ces addictions apparaissent souvent comme une façon de « relâcher la pression », et finissent par l’aggraver.

Le point clé : quand les signes s’installent (problèmes de sommeil durables, irritabilité, perte d’intérêt, isolement), c’est le moment d’en parler. À son médecin traitant, au médecin du travail, ou à un professionnel de santé mentale.

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Conclusion : le stress, un messager à écouter

Le stress au travail est moins un ennemi à abattre qu’une alarme intérieure. Il nous signale qu’un besoin attend d’être nourri ou qu’une situation nous dépasse. L’enjeu, c’est de l’écouter avant qu’il devienne chronique.

Pour le salarié, cela passe par trois réflexes : identifier ses sources de stress, comprendre sa réponse naturelle (lutte, fuite ou inhibition), puis agir sur ses émotions et ses pensées. Pour l’entreprise, cela passe par une vraie démarche de prévention, qui agit sur l’organisation du travail et donne aux managers les ressources pour agir.

Bonne nouvelle : tout cela relève de la pratique, pas de la magie. Ça s’apprend, ça se travaille, et ça change la vie. Au bureau comme en dehors. Pour creuser le sujet, l’INRS propose d’ailleurs un dossier complet et très accessible.

Chez RH Performances, nous accompagnons les entreprises sur ces sujets depuis 20 ans : formation des managers, coaching individuel et collectif, team building pour recréer du lien.

 

Stress au travail : vos questions, nos réponses.

Le stress au travail peut-il être reconnu comme maladie professionnelle ?

 

Le stress en lui-même ne figure pas parmi les maladies professionnelles. En revanche, une pathologie psychique qui en découle (dépression, anxiété généralisée, burn-out) peut être reconnue au cas par cas. La démarche passe par le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, sous certaines conditions de gravité.

Qui contacter en cas de stress au travail ?

 

Plusieurs interlocuteurs peuvent aider : le médecin du travail, le médecin traitant, les représentants du personnel au CSE, le service RH ou un psychologue. Le médecin du travail est tenu au secret médical et peut proposer des aménagements de poste.

 

Le télétravail aide-t-il à réduire le stress ?

 

Ça dépend. Moins de temps de trajet et plus de concentration peuvent alléger la pression. L’isolement et l’hyperconnexion peuvent au contraire l’aggraver. Le droit à la déconnexion et des rituels d’équipe réguliers font souvent toute la différence.

Faut-il parler de son stress à son manager ?

 

Oui, et le plus tôt possible. Plus le dialogue s’ouvre tôt, plus les solutions sont simples : réajustement de la charge, clarification des priorités, soutien ponctuel. Préparer l’échange en s’appuyant sur des faits concrets aide à rester constructif.

À propos de l'auteur·rice

Clémentine Crokaert

Clémentine Crokaert

Chargée de Communication

Clémentine Crokaert est chargée de communication chez RH Performances où elle décrypte les enjeux RH actuels à travers des contenus experts et accessibles.


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