Le stress au travail, c’est quoi exactement ?
Le mot « stress » vient de la physique, où il désigne une contrainte exercée sur un matériau. C’est l’endocrinologue Hans Selye qui l’applique au vivant. Il décrit dès 1936 le « syndrome général d’adaptation », puis popularise le concept en 1956 avec son livre The Stress of Life.
Son idée centrale : le stress est une réponse tout à fait normale de l’organisme face à une agression ou un changement. Et cette réponse concerne tous les êtres vivants. Le corail, par exemple, blanchit quand la température ou l’oxygénation de l’eau change : c’est sa réaction de stress.
Chez l’humain, c’est pareil. Un chien fonce sur vous en grognant ? Une voiture manque de vous renverser ? En une fraction de seconde, le cœur accélère, les muscles se tendent, l’attention se resserre. Ce réflexe nous a permis de survivre. Impossible de le supprimer, et c’est une excellente nouvelle : il nous protège.
Ce système d’alerte est piloté par une partie très ancienne de notre cerveau. Certaines approches en neurosciences comportementales l’appellent le mode mental automatique : rapide, efficace, fait pour réagir à l’instinct face à une menace.
Le hic ?
Quand l’émotion monte trop fort, ce mode automatique prend toute la place. Le cortex préfrontal, siège de la réflexion, de la nuance et de la prise de recul, se retrouve comme déconnecté. Résultat : on réagit au lieu de réfléchir. On répond trop vite à ce mail. On se fige face à une question en réunion. On perd ses moyens alors que l’on maîtrise parfaitement son sujet.
C’est tout à fait logique : notre cerveau privilégie la vitesse quand il pense que notre survie est en jeu.
La bonne nouvelle : une fois la situation stressante terminée, le stress redescend. L’oral est passé, la présentation est bouclée, le corps se relâche. Dès que l’on perçoit que la menace ne pèse plus, l’organisme revient à son état normal. C’est le stress aigu, ponctuel et utile.
La mauvaise nouvelle : quand la situation s’installe dans la durée, sans phase de récupération, le stress devient chronique.
L’INRS le rappelle : le stress chronique a toujours des effets néfastes sur la santé. Et il devient particulièrement nocif quand on ne parvient plus à trouver de réponse face aux exigences du quotidien.
L’INRS définit d’ailleurs le stress au travail comme un déséquilibre ressenti entre ce qu’on demande à une personne dans son cadre professionnel et les ressources dont elle dispose pour y répondre. Le mot clé ici : ressenti. Nous y reviendrons.
En situation de stress, le corps libère du cortisol. Cette hormone est produite par les glandes surrénales, situées au-dessus des reins. Et elle est indispensable ! Elle intervient dans :
- Le métabolisme des glucides, des graisses et des protéines.
- La régulation de la pression artérielle.
- Le contrôle du taux de glucose dans le sang.
- La régulation du système immunitaire.
Le problème arrive avec l’excès. Quand le stress dure sans pause, le cortisol reste élevé et finit par dérégler l’organisme. Troubles du sommeil, hypertension, risque cardiovasculaire en augmentation… Un excès chronique de cortisol affaiblit aussi le système immunitaire et peut favoriser certaines maladies comme l’ostéoporose.
Parmi les symptômes les plus souvent associés à un excès de cortisol :
- Hpertension artérielle.
- Fatigue persistante.
- Maux de tête.
- Faiblesse musculaire.
- Baisse du désir sexuel.
- Cicatrisation plus lente.
- Défenses immunitaires affaiblies.
- Prise de poids.
- Perte de cheveux (alopécie).
- Troubles de la concentration.
Ces signes physiques peuvent avoir d’autres causes : en cas de doute, le bon réflexe reste de consulter un médecin.
Pour gérer son stress, on commence par trouver son origine
Bien traiter un problème suppose d’en connaître l’origine. Bonne nouvelle : les sources de stress se rangent assez facilement en cinq familles.

Les sources structurelles
Une mauvaise posture, un poste de travail mal réglé, un espace inadapté à ses missions. Le corps se crispe toute la journée, et le mental suit.
Les sources environnementales
Le bruit d’un open space, une lumière trop forte ou trop faible, les sollicitations permanentes. Certaines personnes y sont bien plus sensibles que d’autres.
Les sources comportementales
Le perfectionnisme qui transforme chaque tâche en épreuve. La procrastination qui empile les urgences. Le rythme de bourreau de travail qui enchaîne les tâches sans respirer. Un sommeil insuffisant. Parfois aussi, des addictions qui s’installent en douce : au travail lui-même, aux écrans, ou à des substances pour « tenir le coup ».
Les sources émotionnelles
Une estime de soi fragile, la peur de l’échec, des blessures passées qui ressurgissent dans certaines situations professionnelles.
Les sources chimiques
Des carences nutritionnelles, des intolérances alimentaires, un excès de caféine ou d’autres substances excitantes. Le corps en manque de carburant gère moins bien la pression.
Et côté travail ?
À ces sources individuelles s’ajoutent les facteurs psychosociaux liés à l’organisation.
L’INRS cite notamment la surcharge de travail, des objectifs mal définis, des relations difficiles avec la hiérarchie ou les collègues et un manque d’autonomie. On peut y ajouter les exigences émotionnelles fortes, les conflits de valeurs et l’insécurité de l’emploi. Un travailleur en intérim, par exemple, peut vivre chaque fin de mission comme un saut dans l’inconnu, et l’intérim à répétition rend la projection difficile.
Ces facteurs concernent tous les travailleurs, quels que soient leur niveau de responsabilité et leur type d’emploi. Le harcèlement occupe une place à part : c’est l’un des risques psychosociaux les plus graves. Face à une situation de harcèlement, l’employeur doit agir sans attendre pour protéger la personne concernée.
Point important : face à un salarié stressé, la tentation existe de tout mettre sur le compte de sa « fragilité ». L’INRS invite au contraire à toujours chercher les liens avec le contexte professionnel. Le stress est rarement l’affaire d’une seule personne.
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Lutte, fuite ou inhibition : les 3 visages du stress
Face à une menace, notre cerveau choisit l’une de ces trois réponses. Chacune a sa logique, et chacune a sa version « au travail ».

La lutte : affronter, dominer
L’énergie monte, le ton aussi. On veut reprendre le contrôle. Au travail, cela ressemble à la réponse sèche en réunion, à l’agacement face à un collègue, à l’envie de « gagner » chaque échange. Utile pour défendre un projet, épuisant quand cela devient un mode de fonctionnement.
La fuite : se cacher, éviter
On repousse le mail délicat. On décale la conversation difficile. On se réfugie dans des tâches secondaires pour contourner le sujet qui fâche. Sur le moment, ça soulage. Sur la durée, les problèmes grossissent dans l’ombre.
L’inhibition : attendre que ça passe
Le biologiste Henri Laborit a beaucoup travaillé sur cette troisième réponse.
Quand la lutte comme la fuite semblent impossibles, l’organisme se fige. Au travail, c’est le salarié qui encaisse en silence, qui attend qu’on vienne le protéger, qui se sent impuissant. C’est la forme la plus discrète, et souvent la plus nocive pour la santé, car le stress reste sans issue.
Repérer sa réponse dominante, c’est déjà reprendre un peu la main.


