[ Break RH N°5 ] Santé mentale au travail : comment s'équiper face aux RPS ?
Prenez un Break RH en écoutant notre cinqième podcast sur la santé mentale au travail.
Dans cet épisode, Clémentine Crokaert reçoit Pauline Vandendriessche, DRH, consultante et formatrice chez RH Performances !
Santé mentale au travail : arrêtons d’attendre que ça explose pour agir !
On en parle davantage. On les affiche dans les politiques RH. On organise des webinaires sur le bien-être au travail. Et pourtant, dans la grande majorité des entreprises, les risques psychosociaux sont encore gérés dans l’urgence: quand un collaborateur craque, quand un conflit éclate, quand l’absentéisme devient impossible à ignorer…
Dans ce 5ème épisode du Break RH, Pauline Vandendriessche, DRH, formatrice et consultante chez RH Performances, pose les choses clairement : les RPS ne surgissent pas du jour au lendemain. Ils s’installent lentement, progressivement, silencieusement. Et c’est précisément pour ça qu’on les rate !
Entre discours et réalité, le fossé est encore large
La santé mentale au travail est devenue un sujet visible. Ce qui était tabou il y a quelques années se dit aujourd’hui plus facilement. Mais visibilité ne signifie pas action. Et Pauline l’observe au quotidien sur le terrain : on parle mieux, mais on agit encore trop tard.
Le décalage est double.
D’un côté, des politiques bien-être souvent bien rédigées, bien ficelées. De l’autre, des collaborateurs qui vivent une tout autre réalité :charges de travail écrasantes, injonctions contradictoires, manque de reconnaissance. Ce que ressentent les équipes et ce que l’entreprise croit mettre en place ne se rejoignent pas toujours.
Les chiffres viennent confirmer ce que le terrain montre : un collaborateur sur deux se dit être en détresse psychologique. 20% des arrêts maladie sont liés à des troubles psychiques. C’est une réalité quotidienne dans les entreprises !
L’entreprise ne peut pas tout… Mais elle ne peut pas tout ignorer non plus
Un point essentiel que Pauline tient à préciser : l’entreprise n’est pas le seul facteur de mal-être. Les collaborateurs arrivent avec leur réalité personnelle, leur contexte social et économique. Tout cela pèse sur la santé mentaleet l’entreprise ne peut ni tout porter, ni tout résoudre.
En revanche, elle a une responsabilité claire : ne pas aggraver la situation. Créer un environnement de travail qui soutient plutôt qu’il n’épuise.
Les RPS, c’est quoi exactement ?
Le terme risques psychosociaux peut sembler flou, voire fourre-tout. Pauline propose une définition simple : ce sont les risques pour la santé mentale, physique et sociale liés aux conditions de travail et à l’organisation.
On peut les regrouper en grandes familles :
Surcharge ou sous-charge de travail.
Manque d’autonomie.
relations dégradées.
Conflits de valeur.
Insécurité de l’emploi.
Manque de reconnaissance.
Exigences émotionnelles fortes.
Au total, on recense douze facteurs de risques psychosociaux détaillés dans le livre blanc sur les rps récemment publié par RH Performances.
Ces trois termes sont souvent confondus avec les RPS eux-mêmes. En réalité, ce sont des manifestations, des conséquences visibles d’un système organisationnel défaillant.
Le burn-out, c’est l’épuisement par la surcharge.
Le bore-out, c’est l’épuisement par le vide.
La charge mentale, c’est l’incapacité à déconnecter, le poids cognitif permanent que l’on porte au-delà des heures de travail.
Derrière chacun de ces mots, il y a toujours une cause organisationnelle. On ne répare pas seulement les personnes, on questionne aussi le système qui les a mis en tension.
Savoir lire les signaux avant qu’il ne soit trop tard
Les RPS s’installent silencieusement. Et c’est précisément ce qui les rend dangereux. Pauline insiste : ce ne sont pas des situations qui basculent du jour au lendemain. Ce sont des processus lents, progressifs, qui envoient des signaux bien avant l’explosion.
Les signaux individuels à repérer
Un collaborateur habituellement calme qui explose en réunion. Une personne qui se plaint régulièrement de manque de sommeil. Un retrait progressif, une baisse de qualité du travail. De l’irritabilité là où il n’y en avait pas. De l’absentéisme, ou au contraire une présence excessive et un sur-investissement.
Ces changements de comportement sont des signaux. Ils ne signifient pas systématiquement qu’une personne est en danger mais ils méritent qu’on aille questionner, qu’on s’arrête, qu’on observe.
Les signaux collectifs, tout aussi parlants
Du côté des équipes, les indicateurs sont tout aussi révélateurs : un turnover qui augmente, une ambiance qui se tend, des conflits récurrents, des réunions de plus en plus lourdes et de moins en moins productives, une perte d’énergie globale. Quand plusieurs de ces signaux apparaissent simultanément, c’est rarement un hasard.
Les signaux qu’on interprète à l’envers
Certains comportements qu’on valorise devraient en réalité nous alerter.
Le collaborateur toujours disponible, qui ne prend jamais de congés et qu’on cite en exemple… Il est peut-être en sur-adaptation, proche du point de rupture ! L’équipe silencieuse, sans conflit apparent… Peut-être que plus personne n’ose parler. Le collectif qui “tient bon”… Jusqu’au moment où tout lâche d’un coup.
Ces signaux ont été appris comme positifs. Il faut apprendre à les réinterroger.
Construire une vraie politique de prévention
Passer du discours aux actes, ça suppose d’agir à trois niveaux distincts.
La prévention primaire consiste à agir sur les causes : revoir la charge de travail, clarifier les rôles, ajuster l’organisation.
La prévention secondaire vise à outiller et former : former les managers aux RPS, sensibiliser les équipes, développer les compétences relationnelles.
La prévention tertiaire, enfin, consiste à accompagner : mettre en place des cellules d’écoute, du coaching, des dispositifs de soutien pour les personnes déjà fragilisées.
Concrètement, cela peut prendre la forme d’un baromètre social, d’espaces de parole sécurisés, de formations dédiées ou de dispositifs d’alerte. C’est précisément là qu’intervient RH Performances pour aider les entreprises à structurer tout cela de manière cohérente et durable, pas de façon ponctuelle.
Pauline tient à lever une confusion fréquente : prévenir les RPS, ce n’est pas promettre le bonheur à ses collaborateurs. Ce n’est pas de la sur-protection. C’est créer un cadre de travail suffisamment sécurisant pour que chacun puisse faire son travail dans de bonnes conditions, avec des ressources, du soutien et de la clarté.
Le manager, en première ligne sans équipement
On lui demande d’être performant, humain, disponible, à l’écoute. On lui demande de détecter les signaux faibles, d’accompagner les difficultés, de maintenir la cohésion. Et on lui donne rarement les outils pour le faire.
Le manager n’est pas un psychologue. Ce n’est pas non plus un sauveur et Pauline rappelle le danger du triangle de Karpman, dans lequel certains managers se placent malgré eux en position de sauveur, au détriment de leur propre équilibre.
Son rôle est ailleurs : savoir observer, ouvrir le dialogue, orienter vers les bons relais. Accueillir une difficulté sans la nier. Distinguer ce qui relève de l’entreprise de ce qui dépasse son périmètre d’action. C’est une posture d’écoute et d’orientation, pas de prise en charge totale.
Former les managers aux RPS est probablement l’un des leviers les plus puissants de prévention. Et prendre soin des managers eux-mêmes, qui ne sont pas là pour tout porter, est une condition sine qua non d’une politique de prévention qui tient vraiment !
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